It's oh so kawaii

Boui boui, petite brocante et tentatives de couture

18 nov. 2010

The virgin suicides

   La lanterne chinoise envoyait ses SOS intraduisibles. Le plafonnier nous montrait le délabrement de la maison Lisbon [...]. Les signaux des filles nous atteignaient, nous et personne d'autre, comme une station de radio que nous aurions captée avec nos appareils dentaires. La nuit, des images persistantes apparaissaient brièvement sur la face interne de nos paupières, ou planaient au-dessus de nos lits comme un essaim de lucioles.

   [...] Le soir, quand les lumières envoyaient leurs signaux, nous nous creusions la tête pour trouver un moyen de contacter les filles. Tom Faheem suggéra de faire passer un cerf-volant avec un message devant la maison, mais sa proposition fut rejetée au vote pour des raisons de logistique. Le petit Johnny Buell proposa d'envoyer le message écrit sur une pierre que nous jetterions dans les fenêtres des filles, mais nous craignîmes que le bruit du verre brisé n'alertât Mrs Lisbon. À la fin, la solution était si simple qu'il nous fallut une semaine pour la trouver.
   Nous les appelâmes au téléphone.
   Dans l'annuaire décoloré par le soleil des Larson, juste entre Licker et Little, nous trouvâmes le numéro intact de Lisbon, Ronald A. Il était au milieu de la page de droite, dépourvu de tout code ou symbole, pas même un astérisque renvoyant à un appendice de la douleur.

Les vierges suicidées / Jeffrey Eugenides ; traduit de l'américain par Marc Cholodenko
Paris : Éd. J'ai lu, 1995
p. 172-173

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   Pour une fois, je ne regrette pas du tout d'avoir d'abord vu l'adaptation avant de lire le roman. Lire Les vierges suicidées de Jeffrey Eugenides a au contraire prolongé le plaisir que m'avait procuré le film. Et m'a permis de m'immerger davantage dans le destin des cinq filles Lisbon, tout en appréciant l'exacte adéquation du film, de son ambiance et de ses actrices avec l'histoire originale.

   Tout comme le film, le roman n'est pas à franchement parler triste ou macabre. C'est nostalgique, un peu poisseux comme un vieux bonbon ou comme l'été moite où Cecilia est morte. Mais l'objet principal du livre, que soulignait déjà l'adaptation de Sofia Coppola, c'est le désir que suscitent ces filles, l'aura de mystère qui les entoure et envoûte une bande de jeunes garçons. Au fil de l'histoire s'égrènent les pièces qu'ils ont réussi à rassembler, photos découpées dans le journal local, bouts de tissu et lettres manuscrites. Certains dialogues ne sont que des reconstitutions maladroites, et une grande part des informations qu'ils nous donnent à voir proviennent de divers témoignages, souvenirs livrés par des personnes qu'ils ont réussi à recontacter après toutes ces années.
   On a l'impression, et c'est même parfois clairement formulé, que ces "pièces à conviction" permettent avant tout à ce groupe d'admirateurs de redonner de la consistance à ces filles, de se prouver qu'elles ont réellement existé et qu'elles ne sont pas le seul fruit de leur imagination ou de leurs fantasmes.

   Certaines descriptions sont très évocatrices, vivantes, et représentent un véritable plaisir pour qui a adoré le film, son époque, sa mélancolie. Et puis l'histoire est ponctuée de petites anecdotes, de formules très drôles et malicieuses.

   Pour tous ceux qui ont aimé le film, assurément.

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   Et je ne résiste bien sûr pas à l'envie d'ajouter quelques bribes d'images et de musique issues du film de Sofia Coppola...

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Posté par sierralemon à 13:08 - Les calligraphiques - Permalien [#]
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