It's oh so kawaii

Boui boui, petite brocante et tentatives de couture

05 juil. 2008

Shocking, souvenirs d'Elsa Schiaparelli

J'avais déjà cherché à me procurer des livres sur Elsa Schiaparelli, notamment sur Amazon, et n'ayant pas trouvé son autobiographie, avais donc vite abandonné cette quête. Mais samedi matin, m'étant rendue à la vente de livre d'occasion qui complétait la vente Emmaüs, mon oeil a été attiré alors que je passais en revue les livres de poche par une tranche rose vive, le genre de tranche qui d'habitude augure un livre érotique ou un mauvais auteur pour lequel le seul moyen qu'on ait trouvé de le vendre, c'est d'aveugler le client.

Mais non, je suis restée bête trois secondes, et puis tout d'un coup je me suis dit qu'il fallait vite que je l'attrape pour qu'il soit mien. Béate, je n'ai pas arrêté de me dire que je venais d'assister et de participer à un miracle (quel triste spectacle j'ai dû donner de moi, répétant bêtement pendant une bonne partie de l'heure "c'est fou... un miracle... wouahou...").

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J'ai entendu parler pour la première fois de la créatrice Elsa Schiaparelli en lisant le merveilleux livre La Casati :

" [...] On peut accorder [du] crédit aux anecdotes concernant la brève relation entre la marquise et Elsa Schiaparelli, qui possédait une boutique de couture place Vendôme, en face de l'hôtel du Rhin où était descendue la marquise Casati. Schiaparelli devait sa notoriété grandissante à l'invention du "rose shocking" et à ses créations inspirées par les surréalistes et fort appréciées des membres du mouvement de Breton. Ayant appris que la marquise était de passage à Paris, Elsa Schiaparelli demanda à l'une de ses employées de lui rendre visite dans son hôtel avec un cadeau, espérant par ce geste s'attirer une nouvelle cliente. La jeune fille rentra à la boutique et fit un récit surprenant de sa mission. Elle avait trouvé la marquise dans son lit sous une couverture en plumes d'autruches noires, prenant pour son petit déjeuner du poisson frit accompagné de Pernod sec. Tout en déjeunant, elle essayait une écharpe en journal."

Puis j'ai à nouveau rencontré celle-ci aux détours du blog de Rhiannon de LiebeMarlene Vintage (cf. notamment ici, , ou encore ).

Le livre qui se trouvait miraculeusement (ça y est, ça me reprend) sur les étagères d'Emmaüs samedi dernier est l'édition originale française de 1954, autrement dit c'est ce livre que les lecteurs ont pu acheter à l'époque où Elsa Schiaparelli a fait publier ses Souvenirs. Il est très abîmé, sent le vieux et je ne l'en adule que plus encore.

Elsa Schiaparelli semble être venue à la mode presque par hasard ; elle a un jour l'idée de faire réaliser des sweaters en trompe l'oeil :

"Le sweater que portait mon amie m'intriguait. Tricoté à la main, il était d'aspect que j'appelle solide. [... il] était décidément très laid de forme et de couleur ; et bien que légèrement élastique, il ne se distendait pas comme les autres chandails.
- Où l'avez-vous acheté ? demandai-je.
- Une petite femme...
La petite femme se trouvait être une paysanne arménienne qui vivait avec son mari. J'allai les voir.
[...]
- Si je vous faisais un dessin, essayerez-vous de le copier ?
- Nous essaierons.
Alors je dessinai un grand noeud en forme de papillon sur le devant, comme une écharpe enroulée autour du cou."

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Hand-knit pullover sweater with bowknot,
Novembre 1927,
laine noire et blanche.

Et oui, une preuve de plus que la mode n'est qu'un éternel recommencement.

Elsa Schiaparelli rencontre alors Paul Poiret qui l'encourage et la soutient, et elle commence à se faire connaître grâce à ses sweaters mais aussi à ses robes raffinées et parfois extravagantes ; elle crée notamment des chapeaux en collaboration avec Dali, dont celui-ci qui est sans doute l'un des plus connus :

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Shoe Hat, (collaboration avec Salvador Dalí),
hiver 1937-38,
laine feutrée noire.

La maison Schiaparelli s'établit en 1935 au 21, place Vendôme et par la suite Schiaparelli habillera notamment Greta Garbo ou la duchesse de Windsor.

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Modèle de Schiaparelli, place Vendôme, Paris, 1949, photographié par Willly Maywald.
Crédits photo: Association Willy Maywald/ADAGP, Paris 2007.

Au fil de la lecture de Shocking, souvenirs d'Elsa Schiaparelli, la créatrice va évoquer, souvent par le biais d'anecdotes plutôt amusantes, des figures telles qu'Orson Welles, Rita Hayworth, Eva Peron, Joan Crawford, Marcel Duchamp, Gabrielle Picabia, Charlie Chaplin, Sartre, Jouvet, Maria Casarès, Vilar, Ingrid Bergman, Ginger Rogers ou encore, bien entendu, Mae West (puisque c'est à partir du moulage du corps de celle-ci que sera créé le flacon du parfum Shocking).

Dans La Casati, Elsa Schiaparelli est à vrai dire évoquée à deux reprises, la seconde fois par le biais de sa petite-fille qui n'est autre que Marisa Berenson, que vous avez pu voir dans Cabaret et, bien sûr, dans le magnifique Barry Lindon :

"Renouant avec des fastes que l'on n'avait pas connus depuis de nombreuses années, le baron Guy de Rothschild donna une grande fête costumée en décembre 1971. Pour cet événement mondain qui célébrait la naissance de Marcel Proust, il fut demandé aux invités d'emprunter la personnalité d'une grande figure contemporaine de l'auteur d'A la recherche du temps perdu. Elizabeth Taylor incarna Ida Rubinstein, l'étoile des Ballets russes, et Cecil Beaton choisit Nadar, le photographe des grands de son temps, tandis que le mannequin et actrice Marisa Berenson, petite-fille d'Elsa Schiaparelli, opta pour une totale fidélité à son modèle : le visage outrageusement poudré de blanc, les yeux lourdement cernés de khôl et les cheveux d'un roux de feu, elle était vêtue de plumes et de fourrures d'un noir d'ébène."
["Remembrance of Things Proust", Vogue (New York, 15 janvier 1972)]

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Shocking, souvenirs d'Elsa Schiaparelli, Editions Denoël, Les Presses d'Aujourd'hui, Paris, 1954

&

La Casati, de Scot DRyersson & Michael Orlando Yaccarino, traduit par Guy Leclercq, Assouline, Paris, 2002.

Posté par sierralemon à 09:54 - Les calligraphiques - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Cette femme est fascinante. Je t'envie ta trouvaille !

    Posté par frieda l'écuyère, 06 juil. 2008 à 11:36
  • Ton post me donne envie de lire ce livre ! Ce doit être un personnage tout à fait intéressant ! Merci

    Posté par Old Fashioned, 07 juil. 2008 à 09:06
  • Merci pour ce post sur cette couturière d'une incroyable modernité, on se sent un peu plus cultivé après l'avoir lu !
    D'ailleurs sais-tu que JP Gaultier s'est inspiré du flacon de Shocking pour le flacon de son parfum Classique ?

    Posté par Bakélite, 15 juil. 2008 à 14:57
  • Aussi osé que cela puisse paraître, pourrai-tu me vendre le livre Shocking, souvenirs d'Elsa Schiaparelli, Editions Denoël, Les Presses d'Aujourd'hui, Paris, 1954 ?
    Il est d'une importance capitale pour moi

    Posté par Deiana, 24 mars 2011 à 12:14

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